Des raisins sains et mûrs, issus d’une vigne bien conduite, sont la base d’un bon vin. Plusieurs accidents peuvent pourtant réduire la récolte dès la floraison, en particulier la coulure et le millerandage. Contrairement au mildiou, ce ne sont pas des maladies : ce sont des accidents physiologiques, liés le plus souvent à une météo défavorable au moment où la vigne fleurit. Comment les limiter ?
La coulure, est-ce une maladie viticole ?
Non. La coulure est la chute des fleurs, ou des tout jeunes grains, qui n’ont pas été fécondés. Elle survient surtout quand le temps est froid et pluvieux pendant la floraison, ce qui gêne la pollinisation et la fécondation. Certains cépages y sont plus sensibles que d’autres, comme le grenache, le merlot ou le côt, aussi appelé malbec.
Une vigne touchée par la coulure porte des grappes clairsemées, avec peu de grains, ce qui réduit le rendement. Les fleurs non fécondées se dessèchent et tombent. Par mauvais temps, le capuchon qui recouvre chaque fleur, formé par les pétales soudés, peut aussi rester accroché et empêcher la fécondation.
La floraison correspond à une période de transition pour la vigne : au printemps, les jeunes pousses vivent sur les réserves accumulées dans le bois et les racines ; vers la floraison, les feuilles deviennent assez nombreuses pour nourrir la plante par la photosynthèse. Si les sucres manquent à ce moment-là, ou s’ils partent vers les pousses en pleine croissance plutôt que vers les fleurs, la coulure s’aggrave. Elle se remarque en général en juin, quelques jours après la floraison.

Qu’est-ce qui favorise le millerandage et la coulure ?
Le millerandage, à ne pas confondre avec la coulure, résulte d’une fécondation incomplète des fleurs. Les grappes portent alors des grains de tailles très différentes : à côté de grains normaux, des grains restés petits, souvent sans pépins. La maturité est donc hétérogène au sein d’une même grappe. La pluie et le froid pendant la floraison en sont les causes météorologiques les plus courantes, et une carence en bore peut aussi en provoquer. Les deux phénomènes coexistent souvent, d’où l’intérêt de bien les distinguer.
Une certaine coulure est naturelle : toutes les fleurs d’une grappe ne donnent jamais un grain, et la vigne en perd toujours une partie à la floraison, en mai ou en juin selon les régions. Quand les conditions sont mauvaises, ce phénomène normal s’amplifie et peut faire chuter fortement le rendement. Une vigueur excessive de la vigne, liée par exemple à une fumure trop riche en azote, ou un porte-greffe très vigoureux favorisent aussi la coulure.
Le millerandage pèse en général moins sur le rendement que la coulure. Les petits grains sans pépins, dits apyrènes, restent plus petits que les autres, mais ils mûrissent souvent plus vite : ils sont alors plus sucrés et moins acides.
Comment lutter le plus efficacement possible contre la coulure ?
Comme leurs causes sont surtout climatiques, la coulure et le millerandage sont difficiles à combattre. Contrairement aux maladies et aux ravageurs de la vigne, ils ne se traitent pas : aucun produit ne peut rattraper une floraison ratée.
Le vigneron peut en revanche réduire les risques. Pendant la floraison, l’écimage ou le rognage des extrémités des rameaux limite la concurrence entre les pousses en croissance et les inflorescences : les sucres disponibles vont davantage vers les fleurs, ce qui améliore la nouaison.
Le moment de l’intervention compte : trop tôt ou trop tard, le rognage perd son effet. La maîtrise de la vigueur joue aussi sur le long terme : un apport d’azote raisonnable, un enherbement qui concurrence une vigne trop vigoureuse, et, à la plantation, le choix de clones et de porte-greffes moins sensibles à la coulure.
Enfin, une analyse de sol, complétée si besoin par une analyse des feuilles, permet de repérer une carence en bore, oligo-élément important au moment de la floraison. Si elle est confirmée, un apport de bore, au sol ou en pulvérisation sur le feuillage avant la floraison, peut limiter le millerandage et la coulure.




