La Chine a une très longue histoire des boissons fermentées, et la vigne y est cultivée depuis plus de deux mille ans. Le vin de raisin moderne n’y a pourtant pris son essor qu’au XXe siècle. Le pays compte aujourd’hui l’un des plus grands vignobles du monde, en grande partie consacré au raisin de table, même si sa production de vin a nettement reculé depuis le milieu des années 2010. Quelques régions et quelques domaines se sont fait connaître à l’international.
L’histoire des vins chinois
Sur le site néolithique de Jiahu, dans la province du Henan, des archéologues ont identifié des résidus d’une boisson fermentée datée d’environ 7000 ans avant notre ère, préparée avec du riz, du miel et des fruits, parmi lesquels du raisin sauvage ou de l’aubépine. La vigne européenne, Vitis vinifera, est arrivée plus tard par la route de la soie, sous la dynastie Han, au IIe siècle avant notre ère. Sous les Tang, le vin de raisin des oasis de l’Ouest, comme Turfan, était connu à la cour et célébré par les poètes. L’industrie moderne commence en 1892, avec la fondation de la maison Changyu à Yantai, dans le Shandong. Elle se développe surtout à partir des années 1980, avec des marques comme Great Wall et Dynasty.
Les principaux cépages utilisés dans les vins chinois
Le vignoble chinois est dominé par les cépages internationaux, surtout rouges : le cabernet sauvignon est de loin le plus planté, suivi du merlot. Le cabernet gernischt, longtemps considéré comme un cépage propre à la Chine, a été identifié par l’analyse génétique comme étant le carménère. Le marselan, un croisement de cabernet sauvignon et de grenache obtenu en France en 1961, s’est largement répandu dans le pays, au point d’en devenir un cépage emblématique. En blanc, on trouve surtout du chardonnay et du riesling italico. Dans le nord-est, des hybrides de vigne de l’Amour (Vitis amurensis), une espèce sauvage locale qui résiste au froid, servent à élaborer des vins rouges et des vins de glace.
Les régions viticoles les plus importantes en Chine
Les vignobles chinois s’étendent sous des climats très différents. Dans le nord, les hivers sont si froids que les vignes doivent être enterrées chaque automne pour survivre. Parmi les régions les plus connues :
- Le Shandong, sur la côte est, autour de Yantai et de Penglai : un climat maritime, plus humide, berceau historique du vin moderne chinois. Le groupe Domaines Barons de Rothschild (Lafite) y a créé un domaine.
- Le Ningxia, sur les contreforts orientaux des monts Helan : un climat continental sec et ensoleillé, à plus de 1 000 mètres d’altitude, qui donne surtout des vins rouges de cabernet sauvignon et de merlot. C’est la région qui a attiré le plus d’investissements et de reconnaissance internationale.
- Le Yunnan, dans le sud-ouest, où des vignes sont plantées à haute altitude au pied de l’Himalaya. Le domaine Ao Yun, créé par Moët Hennessy près de Shangri-La, y produit un vin rouge à base de cabernet sauvignon.
- Le Xinjiang, dans le nord-ouest : un climat désertique très chaud l’été et très froid l’hiver. La région est surtout connue pour ses raisins de table et ses raisins secs, mais elle produit aussi des vins rouges.
Les vins chinois les plus connus et leurs caractéristiques
Les vins chinois les plus réputés viennent de quelques domaines qui ont obtenu des distinctions dans des concours ou l’attention des critiques étrangers. Quelques exemples :
- Château Changyu Moser XV, au Ningxia, fruit d’une association entre la maison Changyu et le vigneron autrichien Lenz Moser, produit des vins rouges à base de cabernet sauvignon.
- Helan Qingxue, au Ningxia, s’est fait connaître en 2011 lorsque sa cuvée Jia Bei Lan, un assemblage de type bordelais, a reçu un trophée international aux Decanter World Wine Awards.
- Ao Yun, au Yunnan, produit depuis le millésime 2013 un rouge de garde issu de vignes cultivées entre 2 200 et 2 600 mètres d’altitude.
Comment déguster et apprécier les vins chinois
Un vin chinois se déguste comme n’importe quel autre vin. Quelques repères :
- Servir les rouges autour de 16 à 18 °C et les blancs autour de 10 à 12 °C.
- Observer la robe, puis faire tourner le vin dans le verre pour libérer ses arômes avant de le sentir.
- En bouche, apprécier l’équilibre entre l’acidité, les tanins et le fruit, et la longueur.
- Comparer des vins de régions différentes : un cabernet du Ningxia, sec et concentré, ne ressemble pas à un vin du Shandong, plus léger.
Les accords mets-vins pour les vins chinois
Les vins chinois s’associent à de nombreux plats, chinois ou non. Quelques pistes :
- Les rouges fruités et souples, comme beaucoup de marselans, s’accordent avec le canard laqué ou le porc caramélisé.
- Les blancs secs et aromatiques accompagnent les fruits de mer, les poissons vapeur et les raviolis.
- Les rouges plus structurés, de cabernet sauvignon, conviennent aux viandes rouges braisées ou grillées, comme le bœuf ou l’agneau. Avec les plats très pimentés du Sichuan, les vins très tanniques sont à éviter : le piment accentue leur astringence et leur chaleur.
L’export des vins chinois dans le monde
Les vins chinois restent peu présents sur les marchés étrangers : la production est surtout vendue en Chine, et le pays importe beaucoup plus de vin qu’il n’en exporte. Quelques domaines du Ningxia et du Yunnan sont distribués en Europe, aux États-Unis ou à Hong Kong, le plus souvent dans des circuits spécialisés.
Les défis et les perspectives des vins chinois
Le vin chinois fait face à plusieurs difficultés : un climat rude dans de nombreuses régions, où l’enfouissement des vignes chaque hiver alourdit les coûts, la concurrence des vins importés et le recul de la consommation de vin dans le pays. Ses atouts tiennent à la diversité de ses terroirs, à l’expérience acquise par une nouvelle génération de vignerons et à la reconnaissance obtenue par quelques domaines, qui a fait connaître le Ningxia et le Yunnan aux amateurs étrangers.




